Un trip à vélo qui vire au cauchemar

15 février 2016 - Publié par m.mezamymapel
arrivée twelve pins

 

TWELVE PINS, L’ETAPE QUI VIRE AU CAUCHEMAR…


« Non mais c’est pas une légende ! ». Personne n’avait menti. En tous cas pas les mises en garde de nos amis avant le début du voyage. Ni même Michel, chantant le bulletin météorologique du Connemara avec une justesse remarquable. L’Irlande est un pays qui ne fait pas mentir ses légendes. Depuis deux jours que nous pédalons à travers le Connemara, il pleut et il fait froid.

L’étape du jour nous emmène à Clifden, nous emmenons Tristan. Tristan n’est pas cycliste. Après avoir bricolé un vélo tant bien que mal, son âme vagabonde a décidé de nous faire confiance pour dérouler pas loin de 1000 kilomètres sur la côte ouest irlandaise. Alors quand on lui a dit : « pour pédaler, il faut voyager léger » lui, il a pris son ardoise Poupi Le Nuage et un hamac… Après une journée de 80 km à travers un décor à couper le souffle, après avoir compris que l’Irlande n’était pas vraiment ce qu’on pouvait appeler un « plat pays » et après quelques pintes dans le premier Pub débusqué en arrivant à Clifden, nous mettons notre plan à exécution : nous irons nous offrir une nuit de camping sauvage à Twelve Pins (ou Twelve Bens), spot montagneux et isolé au beau milieu de pas grand-chose… Nous finissons donc la journée par une longue approche de ce lieu rêvé et poussons le compteur à cent bornes.

 

on dort là bas twelve pins logo

 

Vu d’en haut, le décor est planté. Une fois là-bas nous serons seuls, entourés de douze montagnes, peinards, abrités dans un sous-bois, nous ferons un chaleureux feu de bois pour engloutir nos pâtes chinoises et nous réparerons nos muscles durcis à grands coups de canettes de bières pour une veillée dont on se souviendrait longtemps. Haaaaaaa l’Irlande….

 

Une fois sur place, le décor est plombé. Nous sommes seuls, entourés de douze montagnes et… d’une carrière désaffectée. Sorti de nulle part, le chantier laissé à l’abandon baigne dans son jus trouble et grisâtre, il est en train de rouiller. Une fois n’est pas coutume, le vent, qui ne nous a pas lâché depuis le début du voyage, s’engouffre dans les montagnes et invite l’orage à notre petite sauterie. De lugubre, le lieu devient un peu sordide, limite flippant. Alfred Hitchcock n’aurait pu imaginer meilleur décor.

 

carrière irlande twelve pins logo

Passée l’idée de planter la tente au fond de la mine de 40 mètres pour éviter le vent, nous nous mettons en quête d’un endroit sec et abrité pour planter la tente. Les sous-bois fantasmés un peu plus haut n’offrent pas plus de 50 cm entre chaque tronc et la moindre surface exploitable est en réalité un mélange de flotte et de boue dans lequel nous nous enfonçons jusqu’aux chevilles. Faute de mieux et pressés par l’arrivée de la nuit, nous finissons par trouver un spot en franchissant un petit filet d’eau. Un engrenage rouillé et un poteau emprunté au chantier nous serviront à tendre le hamac, quelques zones à peu près plates accueilleront nos tentes. Alex se réserve le meilleur emplacement : à côté du petit ruisseau, il bénéficiera d’une chambre avec vue sur les montagnes pour un réveil en douceur.

campement hamac twelve pins logo
 

 

Exit le feu de bois, la flambée chaleureuse se fera dans un bidon ! Nos canettes de bières vides découpées aux 2/3 accueillent une soupe de pâtes lyophilisées qui a le mérite d’être chaude. L’orage qui s’était invité un peu plus tôt a ramené ses potes, la petite pluie se transforme en petite tempête et vient gâcher notre fiesta de fortune. Nous ficelons Tristan dans son hamac et filons dans nos tentes.

diner bidon irlande twelve pins logo

Jamais je n’avais dormi dans une tempête d’une telle violence. De limite flippant nous sommes passés à carrément effrayant. Le vent s’est vraiment levé une heure après m’être couché. Je n’ai compris sa réelle intensité que lorsque sur les coups de 4h00 du matin, l’ouverture de ma tente me tire de ma demi-insomnie et qu’un duvet trempé reçu en pleine face fini de me réveiller. Alex plonge dans ma tente : « Les femmes et les enfants d’abord ! ». Confondant la transpiration de ses pieds avec la crue du « petit filet d’eau », il ne s’est inquiété que lorsque la lumière de sa frontale l’a éclairé sur la situation. Le ruisseau était devenu torrent et avait englouti la moitié de la tente. Alex dedans.

Nous passons tous deux la tête par l’entrée de la tente et analysons la situation : vu que le hamac flotte comme un drapeau dans un ouragan, Tristan n’est plus dedans. Il a dû rejoindre Dorian dans sa tente. Le torrent est en prise directe depuis les montagnes et sa fougue nous refroidit à l’idée de le traverser. Nos nerfs lâchent et après un fou rire nerveux d’un bon quart d’heure, la raison… Nos vélos sont de l’autre côté, notre salut aussi ! L’orage ne faiblit pas, il pleut à torrent, le terrain dégueule la flotte qu’il ne peut déjà plus absorber. Il faut foutre le camp tant qu’on le peut encore. Mais il fait nuit noire…

 

torrent irlande twelve pins logo

Dorian, de l’autre côté du « petit filet d’eau » devenu torrent, réceptionnant dans la tempête les sacs que nous lui lançons avant de lever le camp.

Après des négociations avec l’autre équipe, nous levons le camp un peu avant 6h00, traversons avec prudence l’eau glacée du torrent et détalons comme des lapins vers Galway. A peine reposés, trempés jusqu’aux os, à jeun, nous avalons prématurément la petite centaine de kilomètres de la journée. Nous arriverons à destination vers 11h00 (heure initiale prévue : 17h00). Nous retracerons le film de cette aventure jusque tard dans la nuit, autour de nombreuses bières dans la chaleur des pubs de Galway, riant de nos maladresses de baroudeurs débutants et les racontant à qui voulait bien les entendre. Notre escapade irlandaise commençait mais nous étions certains d’avoir déjà des choses à raconter.

 

 

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